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Premières Rencontres des organismes européens du livre, une forte mobilisation

Date: September 16, 2014
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Vendredi 4 et samedi 5 avril, le Centre national du livre organisait les 1ères Rencontres des organismes européens du livre, dans le cadre du Forum de Chaillot organisé par Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication.

 À l’initiative de Vincent Monadé, président du Centre national du livre, ces deux jours de rencontres ont rassemblé plus de 150 participants et des représentants d’organismes du livre venus de 18 pays différents dans l’espace européen (Allemagne, Belgique, Bulgarie, Croatie, Espagne, Grèce, Italie, Islande, Lettonie, Lituanie, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie et Suisse) autour, notamment, des questions de réglementation, de diffusion, de traduction, de lobbys.

 Les organismes professionnels français (ATLF, BIEF, FILL, IF, SGDL, SLF, SNE, Sofia) y ont joué un rôle actif, ainsi que les regroupements professionnels européens, comme la Fédération des éditeurs européens (FEE), la Fédération des associations européennes d’écrivains (EWC) et la Fédération européenne et internationale des libraires (EIBF).

 L’objectif de ces deux jours de rencontres était de réunir les organismes européens du livre, et nous avons été agréablement surpris de la forte mobilisation de nos homologues européens, malgré des délais très courts et à quelques jours seulement de la Foire du livre de Londres. Ces organismes qui, malgré des statuts différents, remplissent la plupart du temps, seuls ou à plusieurs, les mêmes missions que le Cnl français, ont souvent des préoccupations identiques, mais ne se connaissent pas ou peu. Or, le rapprochement entre ces différentes structures s’avère très utile.

Depuis 2001, le CNC et ses homologues européens ont constituéle réseau EFAD, un outil très efficace de défense des intérêts du cinéma européen ; on l’a constaté lors de la négociation du traité de libre-échange entre les États-Unis et la France en 2013. Pour notre secteur, un tel réseau permettrait d’une part de systématiser les échanges d’informations et de bonnes pratiques et, d’autre part, de favoriser l’émergence de positions européennes communes en faveur de la promotion et du maintien de la diversité culturelle dans le domaine du livre.

Suite à ces rencontres, le Cnl a proposé un projet de déclaration commune aux différents organismes représentés, afin qu’il puisse être discuté et amélioré en vue d’une signature conjointe à l’occasion de la Foire du livre de Francfort en octobre prochain.

Cette déclaration vise à nous fédérer autour de positions communes sur la défense du droit d’auteur, un taux de TVA réduit sur les livres imprimés et numériques et le libre choix du lecteur, soit l’interopérabilité permettant de lire n’importe quel ouvrage sur l’appareil de son choix.
 

Vincent Monadé, dans son discours de clôture, a fait part de son souhait d’annualiser ces rendez-vous "avec les professionnels, les institutions, mais aussi les politiques, les parlementaires et commissaires européens, les fonctionnaires de la commission".

 Afin que des suites concrètes soient mises en œuvre, le Cnl va maintenant s’attacher, en collaboration avec les organismes professionnels français, à faire vivre ce réseau. Si l’un des organismes européens qui a fait le déplacement à Paris les 4 et 5 avril décidait d’organiser, à son tour, des rencontres de ce type en 2015, alors le Centre national du livre aurait gagné son pari.

Cela signifierait qu’un mouvement est en marche.

 Chargée de la coordination internationale :
aurelie.latchimy@centrenationaldulivre.fr
 
 

 Questions à Eva Maria Karaïtidi (éditions Hestia)

"La diversité éditoriale est une immense force européenne."

 • BIEF : Lors de cette rencontre, beaucoup de sujets abordés (réglementation européenne, droit d’auteur, traductions, diffusion…), de nombreux intervenants, dont vous faisiez partie, quelles sont les idées fortes que vous en avez retenues ?

 • Eva Maria Karaïtidi : Tout d’abord, les changements radicaux du mode de vie occidental, qui touchent aussi tout ce qui a trait à la lecture et au livre, matériel ou dématérialisé. On doit tout réapprendre, par exemple à communiquer. L’alphabet de la communication est ébranlé et le livre, outil essentiel de communication depuis des siècles, n’est plus perçu comme une évidence dans nos vies.

On croyait que le droit d’auteur et la chaîne auteur-éditeur-libraire-lecteur étaient établis une fois pour toutes. Or, il n’en est plus ainsi. Le droit d’auteur est sérieusement menacé par la toute-puissance de la diffusion électronique, qui obéit à d’autres dieux que le contrat traditionnel. L’éditeur se trouve devant un recul de la littérature et un flux de sous-produits formant un nouveau type de lecteur. Le libraire indépendant se voit contraint à réapprendre son métier sous peine de disparition. Le lecteur est transformé en consommateur et l’apprentissage adéquat de la lecture à l’école devient plus urgent que jamais.

Un certain encadrement législatif qu’on croyait bien ancré est aussi ébranlé : le prix unique, par exemple, la TVA, la fiscalité autour du livre. Les conditions de production et de circulation du livre se transforment radicalement. Seules la foi en notre métier, la compréhension des bureaucraties et des modes de fonctionnement de la société actuelle, seuls les partenariats et l’appui sur nos forces communes pourront nous permettre de tenir bon face à cette nouvelle guerre.

Une guerre juste (comme l’est toute guerre pour sauvegarder la richesse de l’esprit) contre l’absence de réglementation stricte, le piratage, l’idée que les éditeurs sont des voleurs, tout juste parce que l’Internet promet des paradis de gratuité.

 • BIEF : Que signifie pour la directrice d’une maison d’édition grecque, parmi les plus anciennes et les plus renommées, l’Europe du livre ? Qu’en attendez-vous par rapport aux difficultés que traverse actuellement la Grèce, notamment dans ce secteur ?

 • E. M. K. : La Grèce du livre, menacée de nos jours, a déjà reçu le soutien actif des agents du livre français et allemands. Mais c’est à nous, les Grecs, de continuer à nous battre pour réparer toutes les pertes subies par la dégradation générale des institutions culturelles dans notre pays.
Si nous parvenons à construire des partenariats avec nos confrères dans divers pays européens, cela signifiera que nous nous basons sur un socle commun de traditions littéraires européennes, devenant alors une force de pression active. Si l’Europe des bureaucrates paraît dépourvue d’identité, perdue et confuse, elle reste un grand axe de la civilisation mondiale, l’axe par excellence du monde occidental dans son ensemble. Nous devons nous rassembler et trouver les moyens de faire comprendre aux technocrates que la culture sera toujours plus forte que leurs chiffres.
La grande force de l’Europe actuelle, et peut-être la seule, c’est sa culture.
 
• BIEF : Quels sont à votre avis les meilleurs moyens de renforcer les partenariats et les échanges entre éditeurs européens ?
 
• E. M. K. : Grâce à des contacts concrets et fréquents avec des agents du livre, mais aussi à des contacts fertiles avec les institutions européennes et à des prises de position actives. Lors de ces rencontres parisiennes, j’ai pris conscience que l’Europe à plusieurs vitesses est une réalité. La diversité qui fait le trésor unique européen est bafouée. Pourtant, la diversité éditoriale est un immense atout européen, que nous devrions soutenir en unissant nos forces.
La France a une ancienne tradition d’institutions de soutien au livre. Je pense qu’elle tiendra bon. Un grand merci pour votre présence à nos côtés.
 
Questions à Agnieszka Rasinska-Bóbr (Institut polonais du livre)
Il y a « une nécessité de trouver des réponses communes au niveau européen ».
 

• BIEF : Lors de cette rencontre, beaucoup de sujets abordés, de nombreux intervenants, dont vous faisiez partie, quelles sont les idées fortes que vous en avez retenues ?

 • Agnieszka Rasinska-Bóbr : Je crois que nous avons abordé à peu près tous les aspects du marché du livre, en commençant par la législation et l’économie du secteur pour arriver aux droits d’auteur, à la traduction, aux relations entre auteurs, éditeurs et traducteurs. Et tout cela dans le contexte national, européen et global, sans oublier le numérique.

Malgré la complexité de toutes ces questions, les défis apparaissent à peu près les mêmes pour tout le monde : le prix unique bien ancré en France, remis en cause en Grèce, débattu en Pologne ; l’avenir de la TVA sur le livre numérique, alignée sur celle des livres papier en France, nettement supérieure en Pologne et en Allemagne, la transposition de différentes directives européennes (notamment sur le droit de prêt), la concurrence de la part des grands groupes mondiaux, les difficultés des libraires. Et même si ces problèmes n’apparaissent pas avec la même acuité dans tous les pays, ils restent fondamentalement les mêmes. D’où le besoin de trouver des réponses communes au niveau européen, si nous voulons préserver une diversité de l’offre éditoriale proposée par un réseau de libraires et garder un difficile équilibre entre la nécessité de protéger les droits d’auteur et le désir du lecteur de disposer de tous les contenus gratuitement ou presque.

 • BIEF : Vous êtes chargée de l’international à l’Institut polonais du livre, quel rôle peuvent jouer, selon vous, les organismes européens pour renforcer l’Europe du livre ?

 • A. R.-B. : Presque tous les États européens se sont dotés d’un organisme chargé de soutenir le livre. Parfois, ils ont été créés par les autorités nationales, ou par les éditeurs eux-mêmes. Je profite de cette opportunité pour saluer l’initiative du Centre national du livre qui a décidé de nous réunir pour discuter de nos problèmes communs et des actions que nous pourrions entreprendre ensemble. Nos ministres respectifs, car ce sont eux qui siègent dans les organismes européens, seront plus audibles s’ils parlent tous d’une même voix pour obtenir, par exemple, l’abaissement du taux de la TVA sur le livre numérique, des aides plus importantes pour la traduction, plus de moyens financiers pour des programmes européens à développer ensemble.
En dehors des questions légales et techniques, il y a les actions pratiques. Je pense notamment aux échanges avec les différents organismes à travers
l’Europe, aux projets européens comme le projet Schwob, qui vise à promouvoir les grands classiques européens mal connus, aux séminaires thématiques qui réunissent, par exemple, nos bibliothécaires et les bibliothécaires allemands autour du prêt du livre numérique ; ou encore notre coopération avec le BIEF sur différents sujets, entamée en 2004.
 
Je suis convaincue que l’Europe du livre se construira aussi grâce au renforcement de la collaboration entre différents réseaux réunissant les organismes chargés de la promotion du livre mais aussi les traducteurs, les éditeurs et les bibliothécaires.
 
• BIEF : À votre avis, comment préserver la diversité éditoriale des pays qui la composent aussi bien que de l’Europe dans son ensemble ?
• A. R.-B. : Pour répondre à cette question, je vais me limiter au marché des livres polonais, car il est difficile de le comparer à celui des livres en français ou en anglais, publiés et lus dans de nombreux pays à travers le monde.
Je commencerai par un constat banal : pour préserver la diversité éditoriale, il faut avant tout des lecteurs prêts à acheter ou au moins à emprunter des livres dans les bibliothèques. Pour cette raison, le ministère polonais de la Culture a lancé un programme national de soutien à la lecture dont les différents axes prévoient aussi bien la modernisation des bibliothèques que l’aide à la publication des ouvrages de qualité. Il permettra également d’augmenter les achats des bibliothèques. Il s’agit d’un programme de six ans qui s’élève à 250 millions d’euros. Nous espérons qu’il contribuera à freiner la baisse du nombre de lecteurs.

 Un des défis majeurs est aussi de préserver un tissu de librairies, surtout dans de petites villes, mais là, vu le contexte légal et économique polonais, il est difficile d’apporter une aide directe aux libraires.

 À part ces aspects financiers, il y a bien sûr des outils légaux visant à garantir une concurrence loyale, comme le prix unique en France. La Chambre polonaise du livre a élaboré un projet de loi qui permettrait de le mettre en place en Pologne. Pour l’instant, faute de prix unique, les libraires indépendants doivent faire face aux grandes surfaces et aux chaînes de librairies, qui proposent des
réductions allant jusqu’à 25%, ainsi qu’à la vente sur Internet. La situation changera avec l’installation prochaine d’Amazon (trois centres logistiques, 6 000 emplois directs), car jusqu’à présent les prix de livres polonais proposés sur ce site étaient trop élevés pour qu’ils puissent menacer les distributeurs polonais. Affaire à suivre…

Propos recueillis par Catherine Fel  - 
Source:BIEF

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